mes ancêtres en guerre

ce blog retrace l'histoire des ancêtres de Ronan LE GOFF ayant participé aux deux guerres mondiales que le vingtième siècle a connu.

lundi 21 novembre 2005

III- Pierre Marie HAMON (71ème et 161ème RI)

hamonpierre1Pierre Marie HAMON est né à PEUMERIT (29) le 10 mai 1892. Il est incorporé classe 1913 matricule 1165 dès le 8 octobre 1913 dans le 71ème RI de Saint-Brieuc.

Mon arrière grand-père

Annexes

Voir le site de l'histoire d'un poilu "Henri" qui est passé par le 71e RI. L'adresse du site étant : http://www.pays-de-born.com/verdun/index.htm

Voici un extrait:

"Appelé avec ma classe (1915) le 20 décembre 1914, au 71éme régiment d'infanterie à Saint-Brieuc, je fus dirigé - avec les autres recrues - à la caserne des Ursulines aujourd'hui démolie. Vieux bâtiments, ou en surnombre, nous fûmes logés à même le sol, sur de la paille.
La nourriture infecte, soupe ou rata, était servie dans des récipients de fer sur lesquels les Bretons se précipitaient avec leur cuiller pour y manger comme des chiens. Avec un ou deux autres Parisiens, j'y mis bon ordre pour distribuer à chacun sa pâtée. Nous restâmes ainsi 15 jours ou 3 semaines avec nos vêtements de civils (il n'y avait pas assez de tenues militaires) sur lesquels nous endossions un bourgeron (de grosse toile) pour aller à l'exercice. Je crois que Le fusil qui nous avait été remis à cet effet; n'était même pas un Lebel, mais un vieux fusil gras (de 1886 ?).
Pendant tout le temps, ou nous avions conservé nos effets civils, nous fûmes consignés à la caserne, sans pouvoir sortir en ville.
Enfin, un jour. on nous plaça dans La cour de la caserne, en face d'autres de qui chacun reçut une petite veste bleu foncé et un pantalon rouge, sans considération de taille !! Ma veste était trop courte et mon pantalon élimé, mais ainsi, nous eûmes La possibilité de sortir après la soupe de 17 heures.
L'hygiène était inexistante. On devait faire la queue aux lavabos - il y faisait bien froid, c'était l'hiver - pour une toilette sommaire à l'eau glacée On faisait aussi la queue aux WC qui étaient tellement sales qu'on ne savait où mettre les pieds! Et quelle odeur y régnait, infecte!

Après ce séjour du début dans la pièce humide et sombre, où personne n'avait séjourné avant nous, nous fûmes transférés dans une chambrée d'étage, mais toujours sur de la paille pour dormir. Les lits (de planches - réglementaires) avaient été transférés dans les hôpitaux temporaires. Le matin, on sonnait le réveil à 5 heures. Mais dés avant, on étaient réveillés par le bruit que faisaient les Bretons qui galopaient avec leurs sabots pour aller aux lavabos et toilettes. Car nous avions tous des sabots de bois, où je me tordais les pieds !

Nous allions à l'exercice et apprenions, à faire du tirailleur à plat ventre sous la pluie ou le crachin breton. Nous faisions de nombreuses marches qu'un adjudant rempilé (rengagé) - il s'appelait Le Dorian - scandait des chansons grivoises que la. troupe accompagnait.
Le printemps de 1915 vint enfin. La plupart des recrues de la classe rejoignit le front. Beaucoup y laissèrent leur vie, près d'Arras. J'eus la chance d' être nommé caporal et désigné pour l'instruction de la classe 1916 appelée à la fin d'avril.
La vie fut meilleure. I1 y avait eu beaucoup de doléances quant aux mauvaises conditions que connut la classe 1915. Les nouvelles recrues couchaient sur des lits (planches contre sommier et paillasse) et j'eus le mien ! La nourriture et l'hygiène furent améliorées.

L'instruction de la classe 16 me permit des rester à Saint-Brieuc dans deux autres casernes (Charner et Guébrient) moins vétustes que les Ursulines, jusqu'à fin août. Des gens que j'avais connus a Paris m'avaient signalé et recommandé à des amis qui m'invitaient de temps à autre à déjeuner ; les ressources - peu importantes hélas! - me permettaient aussi de partager avec des camarades de bons repas au restaurant (Prix 1F ou 1,25F, beurre et cidre à discrétion !).

Le 24 juin, j' avais reçu une "collection de guerre" c'est a dire une tenue toute neuve bleu horizon, avec ceinturon et cartouchières qui reluisaient.
Et le 4 septembre , je fus embarqué à la gare parmi un nombreux détachement de renfort pour le front. Après un parcours interminable (2 jours et 2 nuits) nous arrivâmes à la petite gare de Neuville-au-Pont (Marne). Le 7, nous joignimes un bataillon. dit "de marche" à la. forêt des Hauts Batis. Nous campions sous la tente, nous n'allions pas encore en ligne, nous nous "acclimations" en faisant des travaux. Nous avons ainsi creusé des "parallèles de départ" pour l'attaque de Champagne (du 25 septembre). Nous fîmes ainsi l'expérience du bombardement. Quand je dis que nous avons creusé, pour ma part je n'ai fait qu'effleurer la terre, heureusement de braves types, paysans plus habitués que moi à manier la pelle et la pioche m'ont obligeamment relayé!

Le 11 octobre, je reçus mon affectation définitive à la 2ème Compagnie du 71ème, ainsi que mon camarade Lucien Thomas (qui fut tué sur le front de Verdun, au Mort-Homme), Le régiment était alors au repos dans le village de Moiremont ( près Saint-Menehould) et je joignis "mon escouade" installée dans une grange.
Le régiment remonta en ligne dans la nuit du 27 octobre dans la Forêt d'Argonne, bois de la Gruerie, tranchées de La Houyette. Je me souviens sans déplaisir de cette "montée". Le ciel était éclairé par les "départs" d'artillerie et les fusées éclairantes.
C'était comme un feu d'artifice.
La canonnade faisait un bruit ininterrompu. Nous restâmes "en ligne" jusqu'au 24 novembre, tantôt en 1ère, tantôt en soutien. Les Allemands n' attaquèrent pas, nous non plus. Mais de temps à autre. des obus tombaient autour de nous, et puis il y avait des échanges de grenades avec les Allemands dont les tranchées n'étaient pas loin, surtout les "petits postes" avancés.
La dernière attaque des Allemands dans ce secteur avait eu lieu le 8 septembre. Il fallut "remonter" les ennemis dans la vallée de La Biesme. Le régiment subit des pertes importantes. Notamment, un bon camarade connu à Saint-Brieuc , fils d'un avoué chez qui j'avais été reçu, fut tué ce jour là.

Puis ce fut l'hiver, le froid, la boue. Quinze jours en ligne, quinze jours au repos, ou à peu près. Toujours des bombardements, 1e tir des fusils et des mitrailleuses, on s'y habitue dans le trou qui sert d'abri. Mais le froid, la boue dans cette terre argileuse, la saleté qu'on ne peut éviter, et les poux, les poux qui vous démangent sans cesse, on ne peut s'en défaire. Car ils pullulent dans la paille. des gourbis !
Et quelle nourriture! Les hommes de corvée allaient la chercher chez les cuisines roulantes (une par compagnie). Heureusement pour moi, les caporaux en étaient exemptés. Ils allaient deux par escouade, revenaient chargés de boules de pain (plus ou moins dur) et portaient des seaux de toile pour le café (jus!) et le "pinard" et des marmites plates pour la soupe et le rata.

Pèle mêle, mes souvenirs de cette période : Peu d'explosion de mines, mais souvent des "torpilles" qui se promenaient en l'air et dont on ne pouvait apprécier le point de chute. Elles terrifiaient par leur bruit, leurs dégâts et leurs éclats qui ne pardonnaient pas. Des séjours au "petit poste", sentinelle avancée à quelques mètres des tranchées ou postes allemands. La nuit, la relève toutes les deux heures de mes poilus, frigorifiés le matin à leur créneau. C'étaient les plus malheureux.

Le colonel commandant le régiment, le chef de bataillon étaient dans des abris moins exposés et plus confortables, le capitaine chef de la compagnie plus rapproché de ses hommes ne devait pas être trop mal. Le chef de section (lieutenant ou sous-lieutenant non plus. Enfin, le sergent (demi section = 2 escouades) ne quittait pas (s'il n'y avait pas de grabuge) son abri de première ligne. Enfouis dans les tranchées, c'était les poilus, avec leurs caporaux. Mais comme je ne prenais pas la garde, je me bornais à faire des rondes entre lesquelles j'allais me réchauffer un peu dans le trou du sergent. "

Posté par tigrou31 à 23:06 - Permalien [#]